La quête - Extrait de Femme-S

La quête

La liberté constitue un travail, un cheminement personnel pour définir ce que l’on veut.

C’est pour Michel Butor[1] le plus difficile, car pour lui : “Être libre c’est faire ce que l’on veut… le plus difficile étant de savoir ce que l’on veut”.

Cette prise de conscience n’est pas forcément source de libération immédiate. Cette prise de conscience peut être violente, voire désespérante.

Quand j’ai pris conscience des choix que j’avais à faire dans ma vie pour reconquérir ma liberté d’être, j’ai été mise face à mes responsabilités. J’ai senti d’abord le poids du choix et de la perte. En définissant ce que je veux, j’ai peu à peu laissé derrière moi, un passé et une histoire qui ne s’inscrivaient plus dans mes nouvelles orientations. Au départ, j'ai ressenti cela comme une injonction, je devais le faire. J’ai eu le sentiment de me perdre, j’ai eu peur de cette prise de liberté, je me suis sentie en prise à la toute-puissance, j’ai eu peur de moi-même. Suis-je égoïste, est-ce que je veux tout ? J’ai confondu pendant un moment la naissance de mon individualité avec de l’individualisme, l'autorisation que je me donnais de devenir qui je suis avec le sentiment de “toute puissance”.

J’ai remplacé peu à peu le “il faut, je dois” par “je peux, je souhaite”. J’ai accepté d’être accompagnée pour faire ce chemin et vivre ce sentiment de perte et de chaos. J’ai travaillé pour définir ou redéfinir ce que je souhaitais et ce que je pouvais et voulais faire, à un moment donné, avec cette volonté d’aller vers moi, en effectuant ce chemin de libération, avec moi, pour moi et avec mon environnement.

Ce choix m’a appris la bienveillance envers moi, le respect de mon propre processus de développement. Au-delà des limites, des déterminismes, des cultures et des éducations, c’est la connaissance profonde de mon être, de qui je suis, de ce à quoi j’aspire, de mes désirs et de mes rêves qui me libère.

L’empêchement est parfois le bon déclencheur pour partir dans cette quête. Car il oblige, si le mal est trop grand et le désir de vivre plus puissant à renverser les conditionnements.

Cette prise de liberté passe par une action, qui peut être un combat, une lutte contre soi d’abord, contre ce qui entrave une avancée. Une lutte contre soi, de se libérer de ses propres empêchements, de ses propres représentations, d’élargir une vision des possibilités jusqu’à celles que nous n’avions pas encore envisagées. Je crois que c’est d’abord ce mouvement qui permet de faire tomber quelques barrières. Ce mouvement ne se fait pas sans effort, sans action, sans volonté, sans détermination. Le bonheur n’est pas nécessairement confortable. Mais, je crois en cette possibilité qui nous est donnée, inconditionnellement, malgré les restrictions, de faire le choix de tourner notre regard vers ce qui nous apparaît comme notre voie. Alors le sentiment de quiétude apparaît, surgit. J’ai pu dans cette quête découvrir peu à peu la douceur du choix, de l’intégrité, du sentiment de ne plus être ballotée par les événements, de vivre simplement ce qui se produit et de décider de ce que je veux en faire pour moi-même. J’ai fermement pris la décision quand les situations et mes émotions sont difficiles de tourner mes pensées et mon regard vers l’ouverture, les possibilités. 

Je vois notre culture, notre histoire et notre héritage français comme un terreau fertile, dans lequel je peux m’enraciner, pour exprimer toutes mes facettes. Et je crois à la nécessité de m’engager pour faire vivre cette Liberté et de la définir à chaque instant pour moi-même.

Quand je suis perdue, je me demande :

Qu’est-ce que je souhaite vraiment ?

Quelle liberté ai-je prise hier qui est devenue mon enferment d’aujourd’hui ?

Quelle est ma liberté ?

Qu’est-ce que je veux ?

Afin de pouvoir affirmer ma propre zone de liberté individuelle circonscrite par mes propres limites d’une part, par mes propres besoins, par ma propre volonté et d’autre part, par l’environnement, la vie en société, la nécessité du collectif, du respect des autres, je tente d’apprivoiser à chaque instant et de remodeler mon état interne, ma posture en fonction de qui je veux être, de qui je veux devenir. Le contexte, d’une manière ou d’une autre ne manquera pas de s’imposer à moi, alors je choisis de le prendre en compte dans l’équation de ma vie mais de ne pas en faire toute ma vie.

Je choisis de rester libre de réfléchir, de penser, d’opérer le retour vers moi-même et vers ce que je veux incarner, libre d’agir, libre de me positionner, libre de décider.

Loin de faire de nous des êtres égoïstes et individualistes, le développement de notre individualité et de notre liberté protège le collectif et le vivre ensemble. Reconnus dans ce que nous sommes, étant en mesure de répondre par nous-mêmes à nos besoins et d’avoir les ressources capacitaires pour rebondir dans les situations proposées par la vie, nous protégeons le collectif d’une demande de prise en charge de notre être trop lourde à faire porter. Nous pouvons alors nous soutenir mutuellement dans ce développement au travers une interdépendance nourrissant le vivre ensemble et la créativité collective plutôt que la charge et la désespérance.

“ Précisément quand on devient un sujet, on tente de tout faire pour être libre, alors on protège la démocratie. Si on laisse croire qu'on est remplaçable alors on nourrit le ressentiment, le reniement, la frustration et on diminue le pouvoir de la démocratie.”      

Cynthia Fleury[2]

Pour nous protéger, nous avons construit des représentations, des pensées qui tiennent notre maison intérieure. Parfois les murs que nous avons érigés jusqu'à présent sont bien solides. Déconstruire et reconstruire un nouveau mur, c'est avoir la patience que chaque nouvelle pierre soit érigée, se solidifie et tienne le coup !

Aussi ne soyez pas inquiètes, vos digues protectrices sont là aussi pour vous défendre et rien ne presse !

Nous parlons souvent en thérapie du moment “où vous serez prêt.e à l’entendre”, “prêt.e à le vivre”.

Ce moment où la possibilité de faire différemment, de prendre un autre chemin, de sortir d’un schéma, d’un travail, d’un mariage, d’une amitié, d’une relation,... Ce moment où cela devient possible. Car être prête à l’entendre, c’est ensuite être prête à l’intégrer, l’ingérer pour en faire éventuellement quelque chose. C’est passer à une nouvelle étape, celle où vous pouvez aller chercher, puiser vos ressources personnelles et extérieures : matérielles, financières, familiales, professionnelles… Et intégrer le contexte dans lequel vous souhaitez agir.

 

[1] France Inter, Boomerang, le 28/12/2016

[2] https://www.youtube.com/watch?v=-ow055KarPM La Grande Liberté, 14 mai 2020, France 5

 

Dr. Ida GENNARI - EL HICHERI 
PSYCHOLOGUE SCEAUX PARIS

Spécialiste de soutien et de l'accompagnement des femmes HPI 
Psy&Co Développement